Resident Evil 2 : notre verdict

Resident Evil 2 : notre verdict

27 janvier 2019 Non Par Michaël Bertiaux

La série Resident Evil est l’une des mes favorites. Après avoir manqué la sortie du second volet sur PlayStation en 1998, je me suis rattrapé l’année suivante avec le portage réalisé sur Nintendo 64. Le jeune adolescent que j’étais à cette époque ne se doutait pas qu’il expérimenterait l’un des titres phares de Capcom. Plus de 20 ans après sa sortie, Resident Evil 2 se refait une beauté avec une réimagination du jeu original, développée avec un souci de modernité. Le choix du qualificatif est important, car les développeurs ont bien précisé qu’il ne s’agit pas d’un remake comme c’était le cas  avec Resident Evil sur Gamecube en 2002.

La trilogie originale des jeux Resident Evil demeure empreinte de nostalgie. Les mécaniques au cœur de telles productions sont pour la plupart considérées archaïques de nos jours. Cela n’empêche  pas les fans de considérer ces titres comme de véritables chefs-d’oeuvre voire de leur vouer un certain culte malgré un gameplay bien différent de ce à quoi nous sommes habitués depuis un  bouleversement connu sous le nom de Resident Evil 4. Le premier défi de taille auquel s’est buté Kazunori Kadoi et son équipe avec la version actualisée de Resident Evil 2 était de réussir à moderniser un classique sans le dénaturer pour autant.

Une tâche colossale considérant que l’industrie, en plus de deux décennies, a bien changée (pour le meilleur et pour le pire). Même les développeurs au sein de Capcom n’étaient pas tous des grands connaisseurs de la franchise compte tenu du laps de temps important entre la sortie du jeu original et cette version au goût du jour. Les joueurs devaient donc s’attendre à une vision différente d’un grand favori, de là cette idée de le qualifier comme réimagination plutôt que remake à proprement dit.

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Don’t shoot! I’m a human!

La première chose qui me vient à l’esprit quand je parle de Resident Evil 2 est à quel point l’atmosphère du jeu est réussie. Malgré l’absence notable d’une trame sonore mémorable dans la version actualisée, les développeurs ont bien compris que l’ambiance se devait d’être lourde, angoissante. À cet effet, le poste de police de Raccoon City est plus effrayant que jamais avec ses nombreuses pièces et couloirs plongés dans les ténèbres. Au cours de sa transition à un third-person shooter (TPS) avec une caméra placée derrière le personnage, Resident Evil 2 nécessitait une refonte complète.

Plusieurs éléments surprenants ne fonctionnaient plus après l’abandon des caméras fixes. Pour remédier à la situation, Capcom a misé sur le fait de vivre des situations troublantes au lieu de les expliquer ou de les présenter arbitrairement. Équipé d’une lampe torche, Leon ou Claire (vous choisissez en début de partie) explore le poste de police à la recherche de survivants. On sent bien la claustrophobie nous envahir, encore plus que dans le jeu original. Ce lieu revêt un caractère à la fois sinistre et invitant. Nous sommes animés par une curiosité morbide de découvrir toutes les horreurs qui se cachent dans le poste de police (et au-delà) malgré le carnage, la peur et l’incompréhension.

Les zombies, ennemis principaux de Resident Evil 2, n’étaient auparavant qu’un obstacle de plus à votre progression. Dans cette réimagination, les cadavres ambulants sont incroyables, coriaces et très dangereux. Leur intelligence artificielle peut surprendre, par exemple un zombie peut traverser une porte pour vous attaquer ou encore grimper sur des objets pour vous atteindre. Vous ne serez que très rarement en sécurité, ce qui ajoute au sentiment d’impuissance d’un vrai survival horror.

La qualité du RE Engine utilisé par Capcom donne vie (ironiquement!) plus que jamais aux zombies avec leur chair en décomposition. Il est possible de mutiler ces corps avec des tirs de précision, ce qui déclenche des scènes gore incroyables. Vous pouvez arracher les bras et les jambes des zombies, ce qui les fera tituber ou ramper. Les balles à la tête ne sont plus aussi efficaces surtout avec une arme de base, invitant ainsi les joueurs à user de stratégie pour éviter la catastrophe. Même si pour certains les zombies peuvent désormais encaisser trop de dégâts avant d’être hors d’état de nuire, j’ai apprécié le fait que ces ennemis classiques représentent une force contre laquelle vous n’avez que certains recours et non une méthode infaillible.

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What are these things?

La version 2019 de Resident Evil 2 a introduit plusieurs nouveaux joueurs à une formule classique de cette franchise. Resident Evil 7 avait justement effectué un retour aux sources de par son gameplay plus orienté sur le survival horror par rapport à son prédécesseur, Resident Evil 6, un titre polarisant. Traduire fidèlement un jeu pour une toute autre audience pose son lot de défis et dans l’ensemble Capcom a accompli un travail de maître ici. 

La présentation globale du jeu est fantastique, exception faite peut-être du menu des objets copié-collé de Resident Evil 7. Le RE Engine livre une véritable claque graphique surtout dans le poste de police, après quoi les zones deviennent un peu plus banales sans tomber dans l’ennuyeux. Les développeurs ont porté une grande attention aux détails avec la présence d’effets spéciaux spectaculaires, par exemple avec le feu (lance-grenade ou crache-flamme) qui crée un véritable spectacle à l’écran.

Mais il n’y a pas que la beauté visuelle qui compte. Resident Evil 2 renoue avec les puzzles pour dénouer les impasses, cette fois moins caricaturaux. Vous chercherez encore des médaillons pour débloquer un passage secret, mais les énigmes sont mieux incorporées au monde fictif de Raccoon City. La plupart des surprises originales font leur retour pour créer une expérience complète. Si vous ne comprenez pas pourquoi un élément a été retiré, assurez-vous d’abord de compléter le jeu deux fois plutôt qu’une avec le scénario B.

À ce sujet, j’ai été un peu déçu que les deux parcours n’aient plus d’incidence l’un sur l’autre. Dans ses versions antérieures, le « zapping » changeait la donne pour le second personnage. Si vous optiez de prendre une arme dans le bureau S.T.A.R.S, elle n’était plus disponible par la suite. Ce qui ajoutait à l’efficacité de vivre un scénarios parallèle. Dans cette version, Capcom aurait ajouté le deuxième parcours à la dernière minute, ce qui donne un résultat peu satisfaisant et surtout, loin d’être cohérent.

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That guy’s a maniac! Why’d he bite me?

Un autre « problème » de ce Resident Evil 2 moderne est son caractère on ne peut plus sérieux. Les jeux de Capcom sont reconnus pour leur humour accidentel et leurs scènes impossibles. J’ai senti un peu trop le réalisme de la chose, qui peut à l’occasion se dresser contre du bon gameplay. Leon et Claire lâchent des répliques agaçantes dans le feu de l’action, comme si les développeurs s’étaient dits que ce serait plus « vrai ». Pour les puzzles je suis d’accord qu’un changement s’imposait, mais les dialogues et certaines séquences importantes deviennent un peu stériles à force de tout vouloir cadrer dans un moule de vraisemblable…alors que l’on sait très bien que la prémisse du G-Virus et d’une apocalypse de zombies n’est pas un scénario très réaliste en soi.

Le compromis est une aventure de 6 à 8 heures (premier parcours, environ la moitié pour le second) qui passe outre plusieurs éléments présents dans le jeu original. Même si j’aimerais dire que Resident Evil 2 est l’ultime recréation du jeu culte, j’ai été agacé à plusieurs reprises par des changements pourtant anodins sur papier. Je crois que le jeu original laissait plus de place à l’imaginaire, alors que dans le cas présent c’est l’inverse. Il y avait également davantage de surprises – attention spoiler vieux de 20 ans -, sous la forme des araignées dans les égouts, du mini-boss papillon dans le labo, des vignes à attaquer pour se frayer un passage, etc. Même les ennemis de type plante ont passé près se faire couper, et le résultat final n’est pas très convainquant.

Heureusement, Capcom a eu la présence d’esprit de ne pas nous vendre The 4th Survivor en DLC, en plus d’annoncer du contenu gratuit à venir dans les prochaines semaines. En tout et pour tout, vous avez un jeu d’une bonne vingtaine d’heures, excluant ce que le futur nous réserve avec The Ghost Survivors.

Let’s buckle up

Dans l’ensemble, Resident Evil 2 est un plaisir à naviguer avec un nouveau moteur graphique et une toute autre philosophie créatrice. La plupart des points négatifs que j’ai soulevés sont en fait mineurs et ne causeront pas de problèmes pour une grande majorité de joueurs. Le jeu est un excellent compromis entre la version dépassée de 1998 et la modernité, sans pour autant que le défi n’en soit moins relevé notamment grâce à la présence de zombies bien plus menaçants ou d’un Tyrant qui vous pourchasse sans relâche.

Je crois qu’une part de la magie du passé s’est perdue dans ce transfert au détriment du réalisme et j’espère que Capcom, peut-être dans une éventuelle mise à jour, pourra nous surprendre avec le retour de certains ennemis disparus. Si vous aimez le genre survival horror, vous débuterez 2019 en force avec Resident Evil 2, ce qui laisse présager de belles choses avec Nemesis et Resident Evil 3!

Resident Evil 2

8.5

Note globale

8.5/10

Nous avons aimé

  • Ambiance nickel
  • Les zombies évolués
  • Fidèle au matériel source en grande partie
  • Un vrai retour au survival horror
  • Un gameplay toujours aussi prenant

Nous avons moins aimé

  • Une trame sonore absente
  • Quelques éléments disparus dans la transition
  • Les scénarios A/B moins uniques

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