Éditorial : le salon E3 n’a plus sa place

Éditorial : le salon E3 n’a plus sa place

20 novembre 2018 Non Par Michaël Bertiaux

Le premier salon Electronic Entertainment Expo (E3) a eu lieu il y a 23 ans, le 11 mai 1995. C’était une façon pour les éditeurs de centraliser leurs présentations de nouveaux produits, autrefois l’affaire du Consumer Electronics Show (CES) ou de salons internationaux. La croissance phénoménale de l’industrie dans les années 90 nécessitait un événement dédié pour répondre à la forte demande.

Mon but n’est pas de dresser un historique complet du E3 aujourd’hui, donc je vais aller tout de suite au coeur du sujet : le salon dans sa forme actuelle n’a plus lieu d’être. Les signes avant-coureurs d’une détérioration de ce qui s’avérait l’événement ultime pour les jeux vidéo sont présents depuis plusieurs années.

Le premier vrai clou dans le cercueil du E3 a été le retrait de la conférence Nintendo en 2013. L’éditeur a préféré partager ses produits à venir par l’intermédiaire d’une capsule vidéo Nintendo Direct. Les avantages de cette approche sont multiples. Parmi eux, un meilleur contrôle du message pour éviter une catastrophe sur scène, le choix de la date pour divulguer ses annonces et des coûts beaucoup moins élevés que de louer un espace à Los Angeles. Depuis, Nintendo n’est jamais retourné en arrière.

Malgré le fait que de plus en plus de personnes passent les tourniquets au E3 chaque année, la réalité est telle que ce salon n’est plus nécessaire. Autre preuve que les éditeurs abondent dans le même sens : l’annonce récente de Sony qui, comme Nintendo, se retire de l’événement. Ici la raison n’est pas tout à fait la même, mais le principe demeure : le salon E3 n’est plus aussi sexy qu’il ne l’était il y a 15, 10 voire même 5 ans.

Le coût monétaire et humain de se préparer à temps pour le E3 chaque année pèse lourd. Les histoires de bande-annonces ou de démonstrations préparées à la dernière minute pour ne pas manquer cette tribune sont nombreuses. À une époque où le streaming est devenu aussi accessible, inutile d’ajouter au stress des développeurs de jeux. Les annonces sur Twitch et YouTube sont aussi efficaces pour une fraction de l’effort requis. Je crois qu’à court terme, les éditeurs vont se concentrer sur des événements privés pour leur stratégie marketing. C’est déjà le cas de Nintendo (Nintendo Direct) et de PlayStation (PlayStation Experience) à moins grande échelle.

Cette évolution n’est pas sans conséquences. Il y aura moins de spontanéité au niveau des présentations, moins de moments uniques à se remémorer. Toutefois, c’est la décision qui fait le plus de sens d’un point de vue business : les éditeurs ne font que répondre aux attentes et atteindre leurs fans là où ils sont, c’est-à-dire les réseaux sociaux et les sites de streaming.

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