Doom : notre critique

Doom : notre critique

18 mai 2016 Non Par Michaël Bertiaux

La franchise Doom fait partie d’un groupe sélect qui a eu et continue d’avoir une influence majeure sur notre industrie. À l’origine de tout un genre, elle a révolutionné les jeux de tir grâce à l’ajout de la 3D. C’était en 1993. Bien que le genre ait évolué depuis, certaines assises demeurent tout aussi actuelles en 2016. Le studio id Software a voulu moderniser sa formule pour un nouveau public sans trop s’éloigner de ses valeurs. Adapter sa vision avec des technologies bien différentes n’est jamais une tâche facile : est-ce que les développeurs sont arrivés à conserver l’essence de Doom tout en s’inspirant des jeux qui ont porté le flambeau depuis?

Virée en enfer

Vous êtes un soldat sur Mars et vous butez des démons. C’est ce qui résume le scénario de Doom et franchement, vous n’avez besoin de rien de plus. Dès les premières secondes du jeu, vous tuez des revenants infernaux à l’aide d’un pistolet et c’est parti pour un autre bain de sang! D’accord, il y a un peu plus de chair autour de l’os que je le laisse entendre, mais je ne vais pas trop m’attarder sur un élément loin derrière les priorités au programme de cette vision moderne d’un jeu culte.

Je ne vous apprendrai rien en ajoutant que Doom n’est pas pour un public à l’estomac sensible : la violence est décuplée par les nouvelles technologies et le moteur graphique id Tech 6. Les développeurs n’y sont pas allés de main morte pour créer l’enfer sur mars, c’est peu dire. Il existe même une mécanique de jeu centrée sur les décapitations, les « Glory Kills ». Le principe est simple : infligez suffisamment de dégâts à un démon et ce dernier titubera pendant quelques instants. À ce moment, frappez-le d’une attaque de mêlée pour lui arracher des membres ou le tuer sauvagement et ainsi obtenir une pluie d’objets en bonus. En plus d’économiser de précieuses munitions, ces attaques vicieuses vous feront passer pour un dieu de la guerre.

Ce nouveau Doom aime vous faire plaisir. Si vous prenez le temps d’explorer ses niveaux, vous tomberez sur une panoplie de secrets. Ceux-ci vous permettront d’améliorer votre armure de combat (la « Praetor Suit »), vos armes, vos capacités et vos statistiques de base. Sans être un jeu de rôle, l’expérience n’est peut-être pas aussi puriste que ce à quoi vous vous attendez. Il y a de rares cinématiques, des personnages qui communiquent avec vous à distance, des tutoriels, autant d’éléments qui surprendront les joueurs de la vieille école s’ils ont loupé l’épisode Doom 3. Je suis d’avis que les pièces collent bien ensemble même si je ne suis pas très fan de l’amélioration d’armes sauf dans un titre comme Borderlands.

doom 2016

Total Recall

J’ai tellement pris plaisir à explorer Doom que je me croyais dans une version très dark de Metroid Prime. La possibilité de se hisser sur certaines parois et donc de se déplacer à la verticale dans l’environnement me faisait craindre le pire au début. Rares sont les jeux de tir où les mécaniques apparentées à des jeux de plateformes fonctionnent bien. J’ai effectué ce test avec la version PlayStation 4 et je n’ai jamais vraiment eu de problème à m’accrocher sur une paroi. Je n’irais pas jusqu’à dire que les contrôles sont sans faute, mais je ne suis tombé qu’une ou deux fois dans un trou par leur faute (voir ci-dessous mon fail monumental).

La première question que je me posais et que vous vous posez sans doute est la suivante : « Est-ce que le jeu est aussi mémorable que les deux premiers? ». Pour dire vrai c’est une lourde commande que de réaliser cet exploit : après tout, Doom est un jeu qui, à l’époque, n’avait aucune concurrence. C’était LA référence, le premier. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis, mais j’ai tout de même senti cette frénésie caractéristique, cette dose d’adrénaline absente des jeux récents trop concentrés sur le réalisme ou d’autres facteurs au détriment d’un trait viscéral. Voilà le mot que je cherchais : viscéral. Une façon simple de qualifier l’expérience globale qui ne vous laisse pas beaucoup de repos entre vos carnages.

doom 2016 altar

Hurt me plenty

Si vous aimez les défis, Doom vous propose plusieurs niveaux de difficulté. J’ai opté pour « Ultra-Violence », le plus élevé disponible après une première installation. Et je peux vous confirmer que je suis mort à plusieurs reprises car les ennemis infligent de lourds dégâts. Pour vous soigner, il faut récupérer des caisses de santé dans les niveaux ou tuer des démons qui en laissent parfois tomber. L’intelligence artificielle n’est pas remarquable, mais certains démons adoptent des tactiques plus agressives que d’autres, par exemple les Hell Knights et les Pinky qui aiment vous foncer dessus. Il faut garder en tête de toujours être en mouvement, de changer d’arme rapidement grâce à la touche raccourci (R1 par défaut) et d’utiliser l’environnement à son avantage.

Les moments forts de Doom sont complimentés d’une excellente trame sonore composée par Mike Gordon.  Le style industriel des tonalités vont chercher un peu dans la nostalgie pour les niveaux de base et le style métal employé dans la dimension infernale fonctionne à merveille pour créer un effet contrastant. Cette même qualité se retrouve également au niveau de la présentation globale du jeu; les modèles d’ennemis, les niveaux, la luminosité, la fluidité, tout a été léché par id Software pour en arriver à un produit final à la hauteur des attentes. Certaines textures manquent un peu de finition, mais dans l’ensemble les graphismes sont superbes.

Le seul élément qui m’a vraiment agacé tout au long de mon expérience avec Doom est la position des ennemis. Il faut savoir que dans la version 2016, id Software a opté pour une formule hybride entre positions choisies à l’avance et vagues d’ennemis. Cette seconde partie est ce que je déplore le plus car il arrive qu’un ou plusieurs démons apparaissent derrière vous alors que vous venez de « nettoyer » le passage. D’un autre côté, cela ajoute un élément imprévisible aux combats et les dynamisent par le fait même. Je préfère que les ennemis soient au même endroit question de mémoriser le niveau.

doom 2016 spawn

Domination

Qu’est-ce qu’un jeu de tir en 2016 sans aspect multijoueur? Doom comprend plusieurs modes où jusqu’à 12 joueurs peuvent s’affronter, par exemple en match à mort en équipe ou en contrôle des zones. J’ai été agréablement surpris par l’attention portée à cet aspect : vous évoluez de niveau selon vos prouesses en combat, débloquez des armures pour personnaliser votre soldat et pouvez même modifier la couleur de vos armes ou leur ajouter des motifs. Le multijoueur est rapide, tellement que je me sentais plus dans Quake, une autre importante licence appartenant à id Software. La jouabilité de Doom en ligne est très arcade, donc si vous préférez un jeu de tir tactique à la Counter-Strike: Global Offensive il vaudra mieux passer son tour. Par contre, si vous recherchez une expérience différente de ce qui se trouve sur le marché actuellement, les modes en ligne de Doom sont satisfaisants.

Un troisième élément s’ajoute à la campagne et au multijoueur : SnapMap, un outil de création de niveaux. L’idée est excellente et elle a été utilisée auparavant avec, par exemple, Halo (Forge) et TimeSplitters. Dans le cas de Doom, je considère l’outil un peu trop complexe à mon goût : sa prise en main est difficile et ce même après avoir visionné les quelques didacticiels offerts. La courbe d’apprentissage élevée découragera les moins patients, mais ceux qui prennent la peine d’exploiter ses possibilités peuvent créer des niveaux franchement épatants. Que ce soit des recréations des niveaux originaux, des aventures complètes ou des modes de jeu différents (Tower Defense), SnapMap a un fort potentiel malheureusement caché derrière un outil complexe d’utilisation.

doom 2016 multiplayer

[easyreview title=”Verdict” cat1title=”Résumé” cat1detail=”Sans passer à l’histoire, Doom offre une expérience de jeu riche qui reprend bien l’action frénétique des deux premiers classiques. L’emphase sur l’exploration est une plus-value en ce qui me concerne, un hommage aux nombreux secrets présents dans les titres originaux. Contrairement à Doom 3 que je sentais déconnecté, id Software a montré beaucoup de savoir-faire avec la version 2016. La verticalité des environnements ajoute une belle complexité pour ce qui est de traverser les différents niveaux; les développeurs ont voulu faire mentir la norme selon laquelle les jeux de tir récents ne sont qu’une série de corridors ponctués de cinématiques pesantes. C’est cette différence qui élève Doom 2016 face à la concurrence, cela et le plaisir que nous prenons à dégommer du démon sans arrêt.

Le jeu n’est cependant pas parfait : le placement des ennemis laisse parfois à désirer alors que c’était une science exacte avec les premiers Doom. Je crois aussi que les Glory Kills sont un peu trop présents à mon goût, laissant peu de place à une autre façon de jouer surtout pour les difficultés supérieures. Cet effort signé id Software est un bon jeu à se procurer avec une campagne solide (sans être très originale), un multi sympa et un éditeur de cartes certes brouillon mais intéressant, quelque chose qui manquait depuis l’absence de TimeSplitters.” cat1rating=”4″]


https://www.youtube.com/watch?v=VKm3yRvWW3k

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