Critique : Dead Space 3

Critique : Dead Space 3

3 mars 2013 Non Par Michaël Bertiaux

Isaac Clarke croyait en avoir terminé avec la menace des Nénomorphes, cette race extra-terrestre découverte dans le tout premier Dead Space. Pourtant, son cauchemar continue dans ce troisième opus alors que la soif de pouvoir d’un certain personnage plonge toute une civilisation dans l’effroi et la violence. Clarke reprend du service malgré lui dans un nouveau jeu qui s’oriente davantage vers l’action que l’horreur, un virage qui avait été amorcé avec le deuxième volet. Dénaturation ou évolution?

In space, no one can hear you scream

D’entrée de jeu, Dead Space 3 nous dévoile son nouveau visage avec un prologue riche en rebondissements et en action. Un soldat perdu sur une planète enneigée cherche son chemin et tombe enfin sur un vaisseau spatial en flammes. En l’espace de quelques secondes, il rencontre ses occupants peu chaleureux, du moins ce qu’il en reste — des horreurs de la nature, des mutants qui ont été infectés par les Nénomorphes. Après quelques combats intenses à l’intérieur de la carcasse de métal, le soldat s’échappe, non pas sans difficulté :  le vaisseau dévale une montagne à vive allure alors que le héros tente de la descendre en rappel, évitant les nombreux projectiles. Le prologue prend fin lorsque le soldat rencontre son général, qui le tue d’une balle à la tête. Visiblement, votre personnage en savait trop.

Dead Space 3 débute réellement 200 ans plus tard, sur une colonie de la Lune où Isaac Clarke a élu domicile. Nous apprenons que l’ingénieur spatial était en couple avec Ellie Langford avant que les deux tourtereaux ne se séparent. Dépressif à souhait, Clarke broie du noir dans son appartement lorsque deux soldats entrent sans crier garde. Ils requièrent l’aide du personnage, en spécifiant qu’Ellie et toute son équipe manquent à l’appel. Clarke et les deux inconnus sont attaqués par des soldats dès qu’ils mettent pied hors de l’appartement, une séquence qui ne colle pas du tout à l’atmosphère Dead Space. On croirait se retrouver avec un mauvais Gears of War : comme vous le savez peut-être, Isaac a appris à se couvrir derrière certains éléments du décor. Au cours du premier chapitre, l’ingénieur est assailli par ces soldats, et il doit se protéger de leurs tirs. Toutefois, la fonctionnalité de se couvrir n’est pas bien implantée, et le résultat est fâcheux : des fusillades brouillon qui résultent en de l’action peu spectaculaire. Le tout est si déconnecté des deux Dead Space originaux, c’est hallucinant. Coup de chance, les affrontements entre Isaac et ces militaires ne sont pas omniprésents dans le jeu, bien qu’elles gâchent à chaque occasion une atmosphère qui peine à s’installer.

Toujours dans le premier chapitre, Jacob Danik active un Marker près de la colonie lunaire, ce qui provoque une nouvelle catastrophe nécromorphe. La colonie est plongée dans le chaos et les extra-terrestres peu enclins à laisser vivre les humains rôdent; des humains métamorphosés en viles créatures aux membres démesurés et assoiffées de sang.

dead space 3 gameplay 1

Shoot the limbs!

Visceral Games a exploité plus que jamais le filon action, au détriment de l’horreur. D’ailleurs, Dead Space 3 se complète seul ou avec l’aide d’un ami. L’aspect coopératif du jeu est non-négligeable, voire déconcentrant. À titre d’exemple, au cours de votre aventure, vous découvrirez des portes qui ne peuvent être ouvertes que si vous êtes deux. Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai pas apprécié la chose. En fait, je suis carrément contre cette nouvelle optique de coopération. Pour moi, Resident Evil 6 était un flop en grosse partie parce que ses développeurs se sont concentrés à créer une expérience somme toute coopérative, alors que les fondations du jeu ont été construites sur le solo, l’horreur, l’atmosphère, la peur de s’aventurer dans un corridor sans trop savoir sur quoi tomber. Avec Dead Space 3, nous perdons cette notion de peur, bien que le jeu réussisse parfois à nous surprendre avec des vagues de monstres uniques.

Le développeur a favorisé un scénario multijoueurs, cela ne fait aucun doute. Pourtant, l’horreur à deux, ça ne fonctionne tout simplement pas. Sur le plan technique aucun souci, mais sur le plan des émotions, c’est raté. De retour à Isaac, après le premier chapitre, le héros se retrouve dans un vaisseau spatial en direction de Tau Volantis, la planète glaciale quelque peu explorée au cours du prologue. Malheureusement pour l’ingénieur et ses compères, un champ de mines explose une bonne partie de leur vaisseau, si bien qu’ils sont prisonniers de l’espace alors qu’ils étaient tout près de leur destination. Suivent une poignée de chapitres dédiés à la remise en marche d’un vaisseau de secours pour atteindre la planète – berceau de la race nécromorphe – seul refuge pour nos aventuriers cosmiques. Le jeu renoue avec certains de ses concepts-clés : les déplacements dans des zones sans air et l’utilisation de l’énergie de stase, utile pour ralentir vos ennemis ou passer un corridor autrement inaccessible. Dead Space 3 introduit un système de personnalisation d’armes poussé, où vous pouvez modifier votre arsenal avec une multitude de choix. Par exemple, vous pouvez améliorer une mitraillette en lui ajoutant une expansion lance-grenade. Vous pouvez ensuite modifier les circuits de l’arme et ainsi apprécier ses statistiques de recharge, de puissance, etc. Visceral Games a poussé au maximum la personnalisation jusqu’à créer un effet pervers sur le jeu : vous pouvez exploiter un peu trop facilement l’arsenal, rendant le jeu trop facile.

dead space 3 gameplay 2

Space Invaders

Dead Space 3 est un drôle de numéro. La série semble en crise d’identité, incapable de trouver un juste milieu entre les scènes d’action et celles un peu plus angoissantes.  Concrètement, cela se traduit par des séquences inégales tout au long du jeu : avant d’explorer Tau Volantis, j’aimais l’exploration à un certain point, et ma description de ce troisième opus était positive. Une fois sur la planète, je me croyais dans Lost Planet et ma vision des choses se gâchait. Au moins, du côté purement gameplay, le développeur a su conserver ces petits détails qui fonctionnaient par le passé, notamment écraser des cadavres (qui n’aime pas?) extra-terrestres ou non afin d’obtenir du butin, un menu qui ne pause pas l’action et un système de navigation toujours aussi efficace. Isaac peut aussi améliorer son armure ou en trouver de nouvelles, ce qu’il fait en récupérant de la ferraille et d’autres matériaux spécifiques. Il trouvera aussi des plans pour créer de nouvelles armes, ainsi que des circuits pour les améliorer, tel qu’indiqué plus haut. Petite nouveauté, Isaac peut dorénavant envoyer des robots à la recherche d’objets — ces derniers retournent à une station Bench après quelques minutes avec leur butin, ce qui vous facilite la tâche de farming.

Au point de vue de l’histoire, Dead Space 3 est satisfaisant, sans plus. Isaac doit freiner les Nécromorphes là où tout a commencé, et ainsi sauver la galaxie de cette menace perpétuelle. Le scénario est digne du film Space Invaders, de plus que les Nécromorphes ressemblent à des insectes avec leurs membres disproportionnés ou leurs formes étranges. Seulement, ici, le « cerveau » de cette race n’est pas capturé dans une grotte afin d’être étudié par des scientifiques dotés de pouvoirs psychiques. Avec un peu de chance, la conclusion suggérée dans ce Dead Space en sera une vraie, et nous ne découvrirons pas ces vilains extra-terrestres dans un autre coin de l’univers comme par magie…

dead space 3 gameplay 3

[easyreview title=”Verdict” cat1title=”Résumé” cat1detail=”Dead Space 3 est une expérience inégale qui ne plaira pas autant aux fans d’horreur qu’à ceux qui adorent l’action. Toutefois, Visceral Games a su conserver les éléments gagnants des précédents volets pour créer un jeu qui demeure intéressant à découvrir malgré ses lacunes. Parmi elles, notons un système coopératif qui n’ajoute pas grand chose au final, un système de modification d’armes facile à exploiter et peu de réelles nouveautés sur le plan technique. Malgré ces fautes, Dead Space 3 s’en tire assez bien. J’ai apprécié l’exploration de vaisseaux abandonnés et, jusqu’à aujourd’hui, vous ne trouverez pas mieux dans le genre. Et que dire de ces panoramas à couper le souffle, franchement, j’étais bouche-bée une fois sur Tau Volantis avec toute cette neige et un soleil lointain qui baignait cet environnement hostile d’une lueur orangée magnifique. On peut reprocher beaucoup de petites choses au jeu, mais il est plus difficile de s’en prendre à ses graphismes ou son gameplay. Dommage que le développeur ait cru bon de forcer un aspect co-op à une série qui n’en n’avait nul besoin. Vous devrez y jouer pour comprendre à quel point ce facteur dérange, mais je suis un peu de la vieille école et je comprends l’intention d’Electronic Arts de vouloir maximiser les profits de cette série en touchant un nouveau bassin de joueurs.” cat1rating=”3.5″]

Critique réalisée sur Xbox 360

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