Les sites de jeux vidéo au 21e siècle

Les sites de jeux vidéo au 21e siècle

7 novembre 2012 Non Par Michaël Bertiaux

Bien des années se sont écoulées depuis la parution des premiers articles concernant l’industrie des jeux vidéo. Au fil des décennies, les médias spécialisés de cette industrie ont amélioré leur éventail de contenu. Autrefois strictement papier, le « journalisme » dans ce domaine est passé à l’ère du numérique avec Internet à la fin des années 1990. Depuis, les sites offrent des textes ponctuels, des vidéos exclusives, des chroniques audio et plus encore. Cette transformation a mené à la mort du format papier, exception faite du magazine Game Informer qui, paradoxalement, figure parmi les publications les plus vendues en Amérique du Nord.

Notez bien l’utilisation des guillemets pour le terme « journalisme » ci-haut. L’Internet a eu comme conséquence directe la création de centaines sinon de milliers de sites qui couvrent l’actualité des jeux vidéo quotidiennement. De simples blogues à des réseaux complexes, le Web fourmille de sites gérés par des passionnés. La grande majorité de ces chroniqueurs ne possèdent aucune formation journalistique ni même rédactionnelle. Quelle est donc leur utilité, mis à part d’informer, et pas toujours avec style? Je vais vous faire une confidence : 99 % des sites (statistique au hasard) n’ont aucun impact. Et par impact, j’entends une résonnance auprès du lectorat visé.

La raison est simple : les sites régurgitent tous les mêmes informations. À servir du réchauffé, on se lasse, et c’est exactement ce qui se produit aujourd’hui. J’écris pour cette industrie depuis un peu plus de 10 ans et croyez-moi, la motivation est difficile à entretenir. Après tout, comment concurrencer les IGN, Gamespot et Eurogamer de ce monde? Ils sont plus gros, mieux organisés que vous, possèdent des fonds supérieurs et ont accès à des outils évolués. Je reviens donc à ma question initiale : pourquoi? Par souci de francophonie, d’accessibilité? Ne me faites pas rire, vous savez bien que les fans de jeux vidéo se débrouillent tous en anglais. Serait-ce donc une vocation purement symbolique? La réponse est « oui ».

game informer

Le tout premier magazine Game Informer

Les sites de jeux vidéo au 21e siècle et, par extension, les soi-disant « journalistes » de cette industrie ne sont que les rouages du marketing des éditeurs et des développeurs avares de publicité. L’exemple le plus probant de ce phénomène est celui de Geoff Keighley, un des critiques les plus connus de l’industrie au Canada et dans le monde. Sa photo en présence de nombreux sacs de chips Doritos et de bouteilles de Mountain Dew va longtemps hanter ceux et celles qui aspirent à un réel métier de journaliste spécialisé en jeux vidéo. Aux yeux des compagnies, vous êtes une marionnette, et la nature même de l’industrie, encore immature, permet ce traitement disgracieux du talent. Les sites ne sont que façades, vitrines de produits colossaux qui ont nécessité des investissements faramineux. Et si vous respectez vos principes, vous êtes vite rattrapé par ce cercle vicieux, parlez-en à Jeff Gerstmann, ancien rédacteur de Gamespot, qui avait rédigé une critique peu élogieuse à l’égard du jeu Kane & Lynch, entrainant son renvoi du site.

Évidemment, il existe quelques exceptions à la règle. Le responsable de Zero Punctuation est à mon avis un des seuls à ne pas ménager l’industrie. Un défaut passe toujours mieux grâce à une blague, non?  Ses vidéos, courtes et habiles, vont droit au but. C’est de cette détermination que j’aimerais voir, et cela mène à mon autre point. L’industrie des jeux vidéo vous confronte à des dilemmes épineux : écrire une critique honnête est louable, mais est-ce que l’éditeur vous enverra un autre de ses produits par la suite? Idem à propos des événements, si c’était pourri et que vous publiez un article à cet effet, pensez-vous profiter à nouveau des petites bouchées servies dans une ambiance tamisée? Les compagnies de jeux n’hésiteront pas à vous placer sur leur liste noire au moindre « dérapage », valide ou non. Les chroniqueurs sont pour ainsi dire étranglés par une laisse invisible. Les sites de jeux sont, sans toujours le vouloir, soumis à des contraintes aberrantes qui ne sont pas présentes dans d’autres industries, notamment celle du cinéma.

Geoff Keighley, journaliste de jeux vidéo canadien

Je généralise vous me direz, mais le problème est là. D’une part, vous avez ces nombreux sites qui tentent au meilleur de leurs capacités de fournir un contenu vivant. De l’autre, vous avez des éditeurs, souvent perchés dans leur tour de cristal, qui rigolent à la vue de ces paysans. Vous n’êtes rien. Un insecte prêt à être écrasé par une grosse semelle. Pourtant, lesdits insectes contribuent à la richesse de l’industrie, à leur propre façon, mais endoctrinés. Il arrive, à l’occasion, que la royauté daigne porter attention à la populace. Mais pas lui, très peu connu, ne lui donnons pas une chance de réussir. Que dire de celui-ci, il semble prometteur, non? Dommage, ses statistiques en nombre de pages vues par mois est insuffisant. Ne pensez pas que j’exagère. Bon d’accord, peut-être un tantinet.

Malgré tous ces facteurs, je continue à écrire. Tout comme des milliers d’autres.  Et je vous assure, je ne fais pas dans le masochisme. Mais face à l’attitude de certaines compagnies, je me questionne à savoir si cette industrie va, un jour, réaliser que les sites dédiés jouent un rôle qui dépasse celui de leur département de marketing. J’espère sincèrement que l’industrie saura mieux gérer son avarice, mais il s’agit là d’un vœu utopique. Ou l’est-ce vraiment?

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