Critique : Scribblenauts

Critique : Scribblenauts

17 octobre 2009 Non Par Michaël Bertiaux

Il faut que je vous raconte ça. Tout à l’heure, le chat de la voisine avait grimpé sur le toit de sa maison, et elle ne réussissait pas à le faire descendre de là. Heureusement que j’étais là : chevauchant un diplodocus, j’ai héroïquement attrapé le pauvre félin avec ma canne à pêche pour le redonner à sa propriétaire.

Si vous avez suivi l’actualité des sorties de jeux vidéo des derniers mois, vous vous doutez peut-être que je parlais ici du jeu Scribblenauts, pour Nintendo DS. Les sites spécialisés en ont parlé abondamment et le jeu a gagné des prix « best of E3. » Je l’ai moi-même attendu avec impatience, pré-commande à l’appui pour être en mesure d’écrire cet article avec le chapeau promotionnel sur la tête – en forme de poulet, tout comme celui dont est affublé le personnage principal, Maxwell.

Ceux n’étant pas familier avec le concept de Scribblenauts doivent maintenant se demander d’où vient tout ce buzz médiatique. Ce qui a attiré l’attention de plusieurs, c’est son concept très ambitieux : écrivez un mot avec votre stylet, et l’objet, animal, chose spécifié apparaitra comme par magie pour vous aider à résoudre les problèmes auxquels vous vous buterez. Un mur de glace vous bloque la route? Inscrivez « lance-flamme » à l’écran tactile et faites-le fondre. Vous devez traverser un ravin? Alors pourquoi ne pas invoquer un ptérodactyle et le chevaucher? Les possibilités sont, en théorie du moins, infinies. Enlevez quelques mots comme les drogues, les pipi-toton-pénis, et les mots associés à un copyright car non, les Transformers ne sont pas dans ce jeu, et Scribblenauts devrait contenir à peu près tout ce qui peut vous passer par la tête.

Qu'est-ce qu'on mange pour souper?

Qu’est-ce qu’on mange pour souper?

Maintenant que le jeu est disponible en magasin, nous pouvons enfin répondre à la question qui nous brûlait les lèvres: remplit-il ses promesses et est-il à la hauteur des attentes? Hé bien… je ne pourrais malheureusement pas dire qu’il s’agit du jeu du siècle, même il est loin d’être un navet. En ce qui a trait aux possibilités d’objets à invoquer, je n’ai aucune raison de me plaindre. Mes premières heures sur ce jeu ont été consacrées à simplement écrire mot après mot à l’écran-titre, qui est en fait un terrain libre pour expérimenter comme bon nous semble. J’ai très rarement écrit un mot qui ne se trouvait pas dans l’énorme dictionnaire du jeu, et les éléments interagissent correctement entre eux, la plupart du temps: le chat pourchasse la souris, l’eau éteint le feu, le fusil de chasse tue le poney…

Après toutes ces heures passées à l’écran-titre, je suis passé au coeur de cette création, car son but n’est pas limité à invoquer des mots et les laisser interagir. Scribblenauts se divise en deux « modes » distincts : les niveaux de type Puzzle et ceux de type Action. Dans le premier cas, le niveau débute en nous indiquant un objectif à remplir, par exemple protéger un sandwich de fourmis sans les tuer, ramener un chat à sa propriétaire, et plus encore. Une fois cet objectif accompli, une étoile apparaît, la Starite, et la cueillir marque la fin du niveau en question. Ceux-ci, en règle générale, fonctionnent très bien, la plus grande partie de leur résolution étant basée sur le choix des objets invoqués. Ces niveaux sont souvent plus variés et amusants que ceux du deuxième mode, Action. Dans ce dernier, la fameuse Starite est visible dès le départ et l’objectif est de l’atteindre en surmontant les obstacles qui se dressent devant nous. C’est dans ces niveaux que les deux principales lacunes de Scribblenauts sont les plus apparentes.

Le principal problème de ce jeu est lié à ses contrôles. Les graphismes donnent l’impression de se trouver dans un univers enfantin fait de carton. Idem pour les contrôles avec lesquels interagir s’avère déliquat. L’intégralité des actions est effectuée avec le stylet: déplacer les objets, faire bouger le personnage principal Marxwell et le faire interagir avec les objets qui l’entourent. Cette surenchère d’actions associées à l’écran tactile entraine de nombreux désavantages, car le simple fait de toucher légèrement au mauvais endroit peut entrainer une série de réactions non désirées. Vous voulez guider Maxwell sur un pont que vous avez invoqué? Attention de ne pas toucher au pont directement, car cela pourrait le déplacer par erreur et faire tomber le héros dans le trou juste en dessous. Ce genre de situation où une erreur minuscule de manipulation provoque la mort est malheureusement monnaie courante, particulièrement dans le mode action qui demande beaucoup de déplacements voir de combats. Ces niveaux exigent trop de précision, les contrôles approximatifs au stylet causent une frustration qui aurait pu être évitée.

Comment déjouer ce gardien de musée?

Comment déjouer ce gardien de musée?

Le second problème, flagrant dans les niveaux d’action, est le cruel manque de variété des énigmes. Avec sa panoplie incroyable de mots, Scribblenauts nous permet de placer un rabbin sur un pogo-stick, de faire chevaucher un chameau à un panda, de lancer de la moutarde à un flutiste… mais on se demande très vite « à quoi tout cela me sert-il ? ». Le jeu nous présente sans cesse des endroits à gravir, qui s’atteignent tous ou presque avec un jetpack ou des ailes. Les ennemis peuvent être anéantis par un personnage puissant comme Zeus. Presque tout peut être trainé ou attaché avec une corde. Bien sûr, un joueur désireux d’être original peut essayer de résoudre ces problèmes avec des objets inusités. De plus, il est possible d’essayer de battre un niveau trois fois de suite avec des objets différents pour un bonus, mais force est de constater que la variété des défis du mode action n’est pas à la hauteur de la quantité gargantuesque de mots du dictionnaire.

Malgré ces défauts un peu trop apparents qui empêchent Scribblenauts d’être un classique instantané, ils ne changent rien au fait que ce titre mérite votre argent. Les graphismes et la musique sont charmants, l’invocation d’objets aux possibilités infinies est très amusante, les nombreux niveaux et secrets permettent de s’amuser longtemps. De plus, au faible prix de 35$, il est bien d’encourager un développeur, en l’occurrence 5th Cell, qui ose être original dans cet univers de suites et jeux à licences. Il est simplement dommage que l’écran-titre de Scribblenauts soit parfois plus amusant que les niveaux eux-mêmes, ce qui fait de cette production un jouet incroyable, mais un jeu un peu décevant.

En détails

Facteur fun: Avec un gameplay aussi unique, un plaisir incroyable est associé à l’expérimentation. Je peux vous garantir que vous passerez beaucoup de temps sur le menu-titre simplement à essayer différents mots et combinaisons.

Graphismes: L’énorme quantité d’objets à incorporer au jeu laissait présager que les développeurs n’opteraient pas pour des graphismes trop détaillés. Ils s’en sont tout de même bien sortis avec un style « dessins enfantins » sobre mais plaisant. Les animations sont elles aussi minimalistes et cadrent bien avec le style global.

Musique: La musique est très accrocheuse et s’agence bien avec l’ambiance légère et décalée. Vous voudrez toujours jouer avec le volume haut, même si ces chansons finissent par se ressembler un peu trop.

Mutlijoueur: Le seul aspect mutlijoueur concerne le partage de cartes créées dans l’éditeur de niveaux. Malheureusement, cet éditeur ne permet que de modifier les objets présents sur des cartes existantes, et nécessite les infâmes « codes amis » pour les échanges sur internet. C’est bien que l’option soit là, mais combien de joueurs l’utiliseront?

Solo: Scribblenauts est clairement un jeu solo, et sa longue campagne est satisfaisante. Avec ses deux modes et ses nombreux unlockables (un système de « mérites » attribue des récompenses selon la façon de résoudre un puzzle, et les « ollars », la monnaie du jeu, permettent l’achat de différents niveaux, musiques et avatars), l’expérience s’avère complète et de bonne durée. Seul ombrage à cette étape : les niveaux action qui n’offrent pas une très grande variété de défis.

Contrôles : C’est LA grande faiblesse du jeu, ce qui est dommage, car leur médiocrité affecte toute l’expérience et apporte souvent son lot de frustrations. Les contrôles au stylet poussent beaucoup trop souvent Maxwell à effectuer une action non désirée, et ne sont pas adaptés pour des réactions rapides et précises. On aurait préféré une utilisation combinant pad, boutons et stylet. Au bout du compte, le développeur 5th Cell s’est contenté de la dernière option, avec ses nombreux vices dans ce contexte.

Général : Scribblenauts est définitivement un jeu à essayer, ne serait-ce que pour son côté novateur. Même si certains détails peuvent le rendre frustrant et lui enlever un peu de sa saveur, il demeure une expérience unique qui se doit d’être découverte. Dites-vous seulement que, passé l’étonnement de l’invocation des mots, la frustration se fera sentir sûrement de plus en plus à cause des quelques défauts trop envahissants.

VERDICT : ACHETEZ-LE!

Une critique de Gabriel « Ogoda » Turcotte-Dubé

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